post apocalypse

Le Carburant

" C'est pour satisfaire les sens qu'on fait l'amour ; et c'est pour l'essence qu'on fait la guerre.”
Le Problème
Dans les films et les romans Post Apo, on a souvent l'impression qu'il va être assez facile de se ballader en voiture sur des routes désertes ou presque. Il semble suffir de siphoner de l'essence dans les réservoirs des innombrables voitures abandonnées ou de changer de voiture quand une panne mécanique survient pour pouvoir rouler aussi longtemps qu'on en a envie. Malheureusement dans les faits ça sera beaucoup moins facile. En effet l'essence commence à se détériorer au contact de l'air après seulement trois mois ! Bien sur, ça ne signifie pas que l'essence devient inopérente après trois mois et une semaine mais que ses propriétés explosives commencent à se détériorer lentement mais surement... Alors quid d'un monde à la Mad Max ?
La Première Année
Il existe 3 stades distincts et indissociables pendant la période de stockage dans un réservoir ou un bidon :
1) La volatilité : C'est le pouvoir qu’a le carburant de se transformer en vapeurs. Elle dépend de la température et du lieu de distribution (Le carburant n'est pas strictement le même selon le lieu de distribution, il est vendu généralement plus volatile en hiver qu’en été car cela rends les démarrages plus facile - On parle de carburant été et de carburant hiver). Cette volatilité conduit l’indice d’octane à chuter lentement, jours après jours. Les premiers symptomes d'une essence détériorée sont un moteur qui ne tourne plus rond et un démarrage du moteur de plus en plus difficile.
2) L’évaporation : C'est une conséquence de la volatilité. Dans les réservoirs des véhicules les variations de températures jour/nuit forment un cycle. À cause de ces cycles les gaz volatiles sortent par les évents, on dit que les réservoirs « respirent ». Dans le réservoir le volume initial diminue lentement. D’autre part un autre phénomène apparaît ; lors de ces « respirations » de l’air +- humide entre dans le réservoir, il se crée alors de la condensation sur les parois du réservoir (cycle chaud /froid), de fines gouttelettes d’eau se forment sur les parois et cette eau, plus lourde que l’hydrocarbure coule dans le fond du réservoir et contamine celui-ci. Cette eau dans le carburant aura très vite des effets catastrophique sur les pièces internes les plus fragiles du moteur ! En même temps, la partie de réservoir (métallique) émergée subit de la corrosion (rouille).
3) L’oxydation : La partie du carburant en contact avec l’air entretien une réaction d’oxydation avec l’oxygène de l’air, il se crée des radicaux libres suivit d’une polymérisation des oléfines ce qui provoque l’apparition de gommes. Les gommes sont des particules de couleur et consistance de type caramel mou, a l’odeur forte et qui se diluent difficilement. Au bout de 10 à 12 mois dans un réservoir, l’essence a changé d’odeur (rance), de couleur (brun rouge) et d’indice d’octane (plus faible). Elle a tendance à s’enflammer moins facilement ou pas du tout ! D’autre part les gommes vont boucher les injecteurs et se déposer entre autre sur la queue de soupapes et les guides pouvant coller littéralement l’ensemble (Tant que le moteur est chaud il n’y a pas collage, dès que le moteur est refroidi, la polymérisation s’effectue et la gomme durcie). Ce type de panne implique de démonter tout le circuit d'alimentation pour le nettoyer pièce par pièce !
L'essence des réservoirs des nombreuses automobiles abandonnées ne sera donc plus utilisable au bout d'un an environ... Est-ce que ça signifie pour autant qu'aucune automobile ne poura plus fonctionner ensuite ?
Exceptions
Il n'y a pas de délais très précis à la dégradation d'un plein de carburant car plusieurs variables rentrent en jeu (en plus de la température) : Ces phénomènes de dégradation se produisent plus rapidement avec le carburant de basse qualité. Les carburants que l’on trouve dans les stations de renommée internationales sont en général « gavés » d’additifs et moins sensible à la dégradation (Mais ça ne retarde l'inévitable que de quelques mois). Le SP98 se dégrade moins vite que le SP95 (moins d'oléfines), un carburant se conserve mieux dans un réservoir en métal que dans un jerrican en plastique et mieux dans un réservoir complètement rempli que dans un réservoir avec beaucoup d'air.
Ce qui est valable pour un réservoir de voiture (la présence d'air) l'est tout autant pour les cuves de stockages ! Il existe des cuves spécifiquements conçues pour conserver du carburant à l'abris de l'air (à ne pas confondre avec les cuves à plafond flottant) mais ces cuves sont rares, cachées et ne seront surement pas facile à trouver après un cataclysme nucléaire.
Certains d'entre vous ont sans doute entendu parlé de "stabilisateurs", des additifs qui permettent de prolonger la durée de vie de l'essence conservée en bidon/cuve. L'armée (entre autre) dispose effectivement de carburants traités qui peuvent aller jusqu'à quadrupler la durée de vie du produit. Mais comme il n'y a aucun intéret à utiliser ce type de produit au niveau du grand public, il est difficile d'en trouver et encore plus d'en stocker suffisament pour traiter de grandes quantités de carburants qu'on aurait stocké "au cas où". Pour ceux qui veulent creuser cette piste, je vous conseille de commencer par le 'STA-BIL'.
Le diesel résiste un peu mieux au vieillissement que l'essence même si il est sujet à un autre problème, une sorte de contamination microbienne. Même si il est possible que certains diesel puissent être encore utilisable jusqu'à 10 ans après leur production car l'action microbienne est moins systématique que le phénomène de dégradation de l'essance, on considère qu'il faut juste doubler les limites de conservation (Début de dégradation après 6 mois au lieu de trois, risque sérieux de soucis après 2 ans au lieu d'un an avec l'essance). La contamination microbienne peut de plus épaissir le diesel et conduire à boucher rapidement les injecteurs mais un simple filtre permet d'éviter ce soucis.
Produire du carburant
La durée de vie du carburant étant fortement limité, le seul moyen de faire fonctionner des véhicules après deux ans passe donc par la capacité à fabriquer de quoi faire tourner les moteurs. Ca sera possible mais pas pour tous les véhicules (Sans grande surprise, tous les moteurs modernes très sophistiqués seront définitivement hors service...).
Produire de l'essence est un procédé très complexe qui a peu de chance d'être possible dans un univers Post Apo. Par contre produire du Bio Diesel à partir d'huiles végétales neutres (Colza, Maïs, Tournesol) ou de graisse animale restera à la porté de gens suffisament cultivés et équipés pour l'opération (Le principal équipement est une presse pour fabriquer l'huile, du méthanol et du sodium). Par contre il faudra utiliser uniquement de vieux moteurs diesels car avec les moteurs récents (type injection directe ) l'huile végétale étant plus visqueuse que le diesel, il faudrait adapter les injecteurs et la pompe ce qui sera très difficilement envisageable dans un monde Post Apo.
L'éthanol est beaucoup plus facile à produire que le bio diesel puisqu'il suffit d'avoir des matériaux aptes à fermenter, de l'eau, de la levure et un alambic (Oui l'éthanol ça n'est jamais que de l'alcool comme celui qui sert aux boissons...). Mais le problème sera de trouver des moteurs ayant été modifié avant l'apocalypse pour fonctionner à l'éthanol car l'alcool dissout le plastique et absorbe l'eau, ce qui rend difficile une conversion fiable d'un ancien moteur thermique...
Conclusion
Il semble donc que la dégradation inévitable de l'essance et du diesel va rapidement rendre toute circulation automobile très compliquée. Ceux qui disposeront de réserves de carburant militaire ou assimilé pourront alimenter leur véhicules quelques années mais le cliché du siphonage de réservoir ne sera plus possible au mieux un an après l'apocalypse.
Certaines communautés seront par contre sans doute en mesure de produire du bio carburant mais uniquement dans des quantités permettant de faire bouger quelques véhicules essentiels à la survie du groupe. On peut donc supposer sans grand risque de se tromper qu'il n'y aura pas de "hordes sauvages" à la Mad Max à part sans doute pendant les premiers mois qui suivront la catastrophe.